La nuit était tombée doucement, recouvrant le paysage de son linceul ténébreux. Dans l’obscurité, tout semblait différent, transformé : les arbres aux feuillages rougeoyants et bruissants s’étaient faits ombres inquiétantes, tendant leur bras squelettiques vers le ciel. Les chants colorés des oiseaux n’étaient plus que hululement lugubres et menaçants et la petite baraque elle-même, d’aspect si fragile quelques heures plus tôt, prenait des faux semblant de cabane hantée... Sur la plaine, ça et là, de grands feus dansaient en crépitant, crachant parfois des gerbes d’étincelles facétieuses qui mouraient dans la nuit. Les ombres vacillaient au rythme des ondoiements des flammes. Il n’y avait pas d’autre source de lumière tant le ciel était chargé de nuages, comme si la lune et les étoiles elles-mêmes se cachaient de l’armée de Sineish'a. Là, dans l'ombre, appuyée contre le tronc d’un chêne robuste et bras croisés sur sa poitrine, le lieutenant Eibhleann souriait. Elle appréciait particulièrement la nuit, pour son silence oppressant et l’atmosphère qu’elle dégageait. Souvent, elle s’installait ainsi à l’écart et se laissait envahir par les ténèbres apaisantes, les yeux fermés, en dehors du temps. Un calme particulier s’immisçait alors doucement en elle, comme un souffle imperceptible. À cet instant, plus rien ne semblait pouvoir l’atteindre... sauf lorsque lui parvenaient les voix trop proches des soldats.
Elle rouvrit les yeux, étonnée d’être extirpée malgré elle de son petit monde cotonneux.
Deux hommes se tenaient face à elle. D’après leur uniforme, il s’agissait de simples soldats : pas de cape, pas de broche distinctive, la crosse de leur épée tout à fait commune. La jeune femme ne put déterminer à quelle division ils appartenaient, mais à y regarder de plus près, elle devina qu’ils ne faisaient pas partie de son bataillon. Il était même peu probable qu’ils aient jamais mis les pieds dans l’un des régiments de chasseurs ou d’éclaireurs dont elle faisait partie. Non. Sans-doute servaient-ils dans la cavalerie lourde. Ils s’étaient détachés du reste du campement, se joignant délibérément à Ophrys et, à en juger par leurs sourires sarcastiques, ils n’étaient pas là pour prendre des ordres. La jeune femme se redressa, lentement, les bras toujours croisés dans une attitude tranquille. Elle connaissait bien ces regards là. À ses débuts, c’était typiquement le genre d'œillades qui la mettait hors d’elle. Aujourd’hui, elle avait appris à contenir sa colère à sa façon...
Les deux individus arboraient cet air stupide qu’ont ceux qui se croient justement plus intelligents que tout le monde mais, patiente, Ophrys attendait le moment où l’un d’eux oserait faire montre de son humour narquois, souriant de fierté à sa niaiserie débordante. Bon sang ! Se voir dérangée pour de pareilles stupidités devenait lassant. Que ne se rendaient-ils compte à temps à quel point ils étaient bêtes, au lieu de venir se montrer en spectacle, braillant comme des ânes ivres, bien que l’alcool n’y soit malheureusement pour rien dans la sottise de ces deux là. L’espace d’un instant, Ophrys eut envie de couper court à toute plaisanterie. Planter son épée dans un pied, au hasard des quatre qui se présentaient à elle auraient probablement suffit à les dissuader de pousser leur crétinerie plus avant... Mais n’ayant encore subit aucune offense, elle se refusa à jouer ce jeu là et garda pour elle son idée pourtant fort plaisante, n’offrant à ceux qui croyaient l’agacer qu’un sourire neutre.
« Mon ami et moi, on se demandait comment vous aviez accédé au rang de lieutenant.
_ Le général Ankoh m’a recommandé à ce poste.
_ Mais le général n’est-il pas un peu trop vieux pour vous ? »
Ophrys serra la mâchoire, colère imperceptible. Elle ne releva pas la remarque, du moins pas en apparence, mais intérieurement, les rouages de sa fureur s'étaient mis en route. Du fait qu’elle était une femme, elle avait du s’habituer à ce genre de réflexions de la part de soldats peu respectueux, jaloux, machistes ou tout simplement stupides. Longtemps, elle s’était acharnée à être meilleure en tout, comme s’il était absolument nécessaire de valoir deux fois un homme pour mériter un semblant d’estime. Longtemps, elle s'était efforcée de se montrer infecte pour gagner un semblant d'autorité sur ses hommes, à l'image de Rémora Lokinn. À présent, elle se contentait d’un calme redoutable et bien trop souvent trompeur. Elle s'absentait quelques secondes derrière un regard paisible, et revenait plus assassine qu'un mercenaire. Combien s’étaient essayés à la remettre à sa place, comme ils disaient ? La jeune femme s’était arrêtée de compter depuis un moment, fatiguée d’avoir à ajouter des noms à sa liste d’abrutis finis. Au sein même de sa propre unité, elle en avait dénombré un sacré petit lot qui avaient fait usage de la même prétention. Toutes des nouvelles recrues, trop imbues de leur petite personne pour écouter les mises en garde des plus expérimentés. On ne provoquait pas le lieutenant Eibhleann. Personne ne la provoquait, sauf les fous. Sans-doute que ces deux là auraient eu mieux fait d’aller leur demander ce qui les avait contraint à un peu plus d’humilité envers leur supérieur...
« Auriez-vous oublié les règles de respect militaire envers un supérieur hiérarchique, messieurs ?
_ Oh... le lieutenant Eibhleann va nous dénoncer ?
_ À vrai dire, je pensais plutôt vous corriger. » Rectifia-t-elle.
L’un des soldats paru surpris par le ton qu’employait Ophrys. Alarmé par le calme inquiétant dont elle faisait preuve, il se déroba et tenta de raisonner son camarade.
« Krill... » l’appela t-il à mi voix.
Mais le second homme était parti d’un éclat de rire ironique et sonore. Il était sûr de lui, et pour cause. Son physique n'était pas sans rappeler celui de Lycène. Immensément grand, la peau brune, les yeux et les cheveux clairs. Charismatique. Il aurait pu être beau, s'il n'avait pas eut l'air si stupide. Ophrys jugea qu'il était peu probable que celui-là soit venu d'aussi loin que Quimaria et opta plutôt pour un Nictàn. Ils vivaient à l'est. Loin à l'est. Très loin à l'est. Ils n'étaient d'ailleurs pas tellement appréciés, parce qu'ils avaient une estime d'eux-mêmes trop exacerbée pour faire preuve de sociabilité. Ils étaient solitaires la plupart du temps, et infiniment fiers et arrogants. Oui. Le dénommé Krill répondait à tout ces critères.
À quelques dizaine de mètres, autour d’un feu de camp, une partie des officiers s’étaient rassemblés pour le souper. Quelques uns s’étaient retournés sur la provenance de ce rire, sans réellement y prêter d’attention particulière et étaient revenus à leur conversation. Parmi eux, seuls le général Lycène Ankoh et le capitaine Krait Notos avaient arrêté leur mouvement en apercevant Ophrys. La scène avait des allures de déjà vu et bien que la distance leur interdisait d’intervenir – quand bien même ils en auraient eu l’idée saugrenue – ils étaient avantageusement placés pour assister au tableau. Lycène semblait autant amusé que concerné, tandis que Krait exprimait un stoïcisme atterrant. Cependant, pour un personnage que rien n’était sensé affecter, il était indéniable que la situation l’intéressait. Laissant les autres à leurs palabres affligeants, les deux officiers s’installèrent plus à leur aise, s’offrant un meilleur panorama.
Ophrys souriait toujours. Dans ses yeux aux magnifiques reflets azurés, une lueur terrible étincelait, comme une menace silencieuse. L’homme face à elle avait interrompu ses gloussements, redoublant d’irrévérence, allant jusqu’à la tutoyer avec un mépris ébouriffant. L’autre avait reculé, manifestement bien moins amusé par le regard fulminant du lieutenant que son compagnon d’arme semblait l’être. Hilare, ce dernier faisait fi de tout respect, attisant sans s’en rendre compte la colère de celle qu'il ne prenait pas même la peine de considérer. Sa voix puissante s’élevait dans la nuit.
« Pour me corriger, il faudrait déjà que tu parvienne à me toucher ma jolie ! »
Elle lâcha un rire bref, assuré. Lentement, elle décroisa les bras et lentement encore, elle défit les attaches du fourreau de son épée, laissant choir le tout au sol, à ses pieds, sous les yeux étonnés du dénommé Krill face à elle. Débarrassée de son arme, elle fit quelques pas en avant, le défiant d’un regard appuyé, dépourvu de crainte. Connaissant ce type d’individu, il y avait fort à parier qu’il prendrait cela pour une bravade... Oh oui. Elle avait déjà connu cette situation. À vrai dire, elle n’était pas tellement étonnée qu’aucun soldat l’ayant provoquée n’ait eu l’idée de vanter l’humiliation qu’il avait subit en retour. Voulaient-ils essayer, eux ? Elle pivota, les jambes légèrement écartées, assurant ses appuis. Les bras fléchis devant elle, entre défensive et offensive, elle attendait, exhortant son adversaire à s’approcher s’il osait. Elle souriait, sachant avec une certitude forgée par l’expérience que les imbéciles osaient toujours ! Et il osa, piqué au vif dans sa fierté mal placée de mâle dominant. Son sourire narquois s’était changé en un dégoût arrogant pour celle qui osait lui manquer de déférence, à lui ! Avec dédain, il s’était avancé, lâchant quelques insultes franchement obscènes, levant la main pour gifler sans retenue cette catin qui prétendait lui tenir tête.
Il venait de déclencher les hostilités. Trop tard pour regretter, trop tard pour tenter de ravaler un orgueil pharaonique : son mouvement fut arrêté net, Ophrys lui ayant saisit le poignet : on ne l’arrêterait plus.
Surpris par la force peu commune du lieutenant d’apparence pourtant chétive, l’homme eut tout juste le temps de la voir esquisser un sourire en coin avant d’être traversé d’une douleur fulgurante à l’abdomen. Il recula, emporté par un élan qui n’était pas le sien, le poignet soudain libéré de son emprise. Le coup porté avait été aussi inattendu qu’expéditif et Krill chancela sur deux bon mètres avant de parvenir à retrouver un semblant d’équilibre. Il porta la main à son estomac, furieux de s’être laissé déstabilisé, devant témoins qui plus est, et par dessus le marché, par une femelle ! Crachant une nouvelle injure, il se redressa en promettant à l’importune de lui faire payer cet affront. Ophrys ne bougeait pas. Elle l’attendait, trop heureuse qu’il lui fasse ce plaisir, ce qui bien entendu le contraria. Non contente de n’être qu’une femme, voilà qu’elle se permettait de ne pas même esquisser le moindre mouvement de crainte. D’un bond, il s’élança...
« Trop lent ! » commenta Lycène qui prenait grand plaisir à observer l’altercation.
Trop lent en effet, son poing effleura à peine le jeune lieutenant qui venait d’anticiper son premier mouvement, puis son second, et son troisième. Krait ne perdait pas une miette du combat, hypnotisé par la chevelure couleur rouille d’Ophrys qui flottait derrière elle à chacun de ses déplacements, comme un magnifique sillage cuivré. Bien évidemment, au cœur d’un affrontement qui tournait rapidement à son désavantage, Krill se moquait éperdument de ce genre de considérations poétiques. De loin en loin, la rage exacerbée de cet homme devenait palpable et il hurlait parfois un juron, attirant l’attention sur lui. Ophrys, d’un calme déconcertant, s’amusait à l’irriter d’avantage, se délectant de l’exaspération qu’elle suscitait chez lui. Elle esquivait avec maestria, parait et contre attaquait férocement avec juste ce qu’il fallait de force pour repousser chaque assaut sans mettre cet imbécile trop rapidement hors combat... car elle se devait de le garder indemne – tout au moins physiquement – sans quoi le jeu risquait de prendre fin prématurément.
Haletant de fureur – la distraction n’étant pas tout à fait à son goût – le soldat avait cessé son flot de grossièretés, économisant à présent chaque inspiration. Il s’épuisait, incapable de concevoir qu’une femme puisse le tenir en respect. Il en était d’ailleurs devenu écarlate de honte et de colère : Ophrys semblait impossible à atteindre. Trop rapide, elle ne cessait de l’agacer par ses évitements incessants, jouant à lui sourire d’un air amusé dès que leurs regards se croisaient. Il était évident qu’elle se moquait allégrement de cet homme de deux fois sa taille, prenant un plaisir tout particulier à le tourner en ridicule sous les yeux de ses compagnons d’arme. Krill n'y était pour rien – quoi que – mais il payait indéniablement pour Catala. À plusieurs reprise, il s’arrêta afin de reprendre haleine, avant de se jeter à nouveau dans une série d’assauts sans effet, comme un âne. À chaque tentative, Ophrys l’humiliait d’avantage, lui interdisant toute approche, le laissant s’agiter tout seul comme ces gamins qui essaient vainement d’attraper les papillons en agitant les bras... jusqu’à ce que le soldat, blessé dans son orgueil, décide que cette fois, c’en était trop. Au comble de sa haine, il dégaina sa rapière. La lame produisit un son clair au sortir de son fourreau, étincelant dans la nuit...
Reprenant ses appuis, il comptait sur la peur que son arme – tendue vers l’avant – exercerait sur le lieutenant. Il était tant persuadé être capable de lui régler définitivement son compte qu’il se risqua à l’insulter de nouveau... Les témoins de la scène retenaient leur souffle, inquiets, hormis les deux officiers, l’un souriant, l’autre figé derrière son regard froid. Seulement Ophrys n’éprouvait aucune crainte. À l’observer plus attentivement, on la soupçonnait même de s’être attendue à ce genre de dénouement. Tout juste était-elle déçue d’avoir à mettre fin au combat si promptement, alors qu’elle commençait à peine à s’amuser... Krill la méprisait et rien ne déplaisait autant à Ophrys. L’expression de dégoût qu’elle afficha pour cet homme à la lâcheté abjecte sonna comme une ultime provocation et, d’un bond irraisonné en avant, l’homme s’élança à l’assaut de son adversaire exaspérant.
« Vous chargez comme un buffle écervelé... » lui lança Ophrys qui avait esquivé.
Cette fois, elle ne jouait plus. Rapide, rusée, elle avait anticipé avec assez d’amplitude pour sortir de la trajectoire lamentablement linéaire de cet imbécile qui se retrouva emporté par son élan de brute épaisse. Il fut trop lent pour la dernière fois de la soirée et ne put se rétablir à temps. En quelques bonds, Ophrys s’était positionnée juste derrière lui et abandonnant tout ménagement, elle lui avait empoigné le bras droit, l’attirant vers elle avec force et le lui tordant si brutalement que l’homme poussa un hurlement de douleur. Elle le maintenait ainsi, plaquant la main calleuse entre les omoplates, menaçant insidieusement de lui démettre l’épaule au moindre mouvement. Tout à coup plus terrifié que furieux, le soldat tenta, de son bras libre, de se soustraire à cette torsion insoutenable, mais à son grand désespoir, la pression se fit plus forte, lui arrachant un nouveau cri. Dans le même temps, Ophrys en profita pour se saisir de la main libre de son adversaire. Ses doigts glissèrent vers la crosse de son épée et, avec une violence sans nom, elle arracha l’arme des mains de celui qui avait osé la sous estimer.
Encore un peu...?
D’un coup de genou étonnamment puissant au creux des reins, elle le repoussa, relâchant toute étreinte et, sans même lui laisser le temps de réaliser ce qu’il subissait, elle lui balaya férocement les jambes, le jetant à terre et l’y maintenant en lui écrasant la trachée avec le pied. Krill resta figé quelques secondes, sans comprendre. Il s’était sentit impuissant soudain, encaissant une série de coups douloureux qu’il n’avait pas vu venir, jusqu’à se retrouver au sol, dans cette position inconfortable. Il écarquilla les yeux, stupéfait, cherchant l’air que le pied d’Ophrys sur sa trachée lui refusait. Il voulu se défendre, repousser le lieutenant de ses mains, mais son geste s’arrêta lorsque la lame de sa propre épée alla se placer sous sa gorge, l’entaillant suffisamment pour lui faire comprendre qu’il avait perdu.
« ... et vous êtes mort ! Ne sortez pas votre arme si vous être incapable de vous en servir. » Gronda-t-elle sans douceur.
Il la regarda sans pouvoir articuler un seul mot, écrasé sous la botte d’un lieutenant souriant. Silence. Il hésitait, incapable de formuler autre chose qu’une imploration muette du regard, terrifié à l’idée de mourir. Derrière eux, quelques rires de soldats amusés par cette cuisante défaite s’élevèrent.
« Capitaine Notos, voulez-vous bien aller me séparer ces deux là s’il vous plaît. » sourit Lycène.
Sans un mot, Krait se leva, se dirigeant à grands pas vers la scène de combat. À son approche, les conversations se turent et les hommes se dispersèrent, avertissant Ophrys que quelque chose approchait. Lorsqu’elle leva la tête, elle se heurta au regard glacial de son capitaine, à quelques pas d’elle. Aussitôt, elle détourna les yeux, sentant une vague de chaleur la submerger. Pourtant, Krait se contenta de lui reprendre l’épée des mains et lui suggéra de se reculer d’un geste. Ophrys obtempéra, libérant le soldat définitivement humilié. Le silence hostile d’un capitaine dont la réputation n’était plus à faire n’aida pas du tout Krill à retrouver son aplomb et il baissa la tête, honteux. La main à la gorge, il n’osa plus esquisser le moindre mouvement, tétanisé par la folie furieuse d’Ophrys. Du sang perlait sur son uniforme. Cette femme était cinglée mais elle était redoutable et tout à coup, le mérite de son grade de lieutenant devenait une cinglante évidence. Il la regarda, jurant intérieurement. Sans un mot, elle avait rattaché son fourreau à sa taille, réajustant sa cape, puis s’était redressée, s’attendant à ce que son capitaine la sermonne, mais il n’en fit rien. En fait, il se contenta de rendre son épée au soldat devenu étrangement humble avant de tourner les talons avec indifférence.
Le vent souffla, froid, mordant, signe que le temps tournait à l’orage.
« Je... »
Ophrys reporta son attention sur Krill, étonnée qu’il ai encore assez de cran pour prononcer un seul mot.
« Pardonnez-moi lieutenant... »
Il s’était incliné. Ophrys le regarda avec surprise : c’était bien la première fois qu’un soldat lui faisait le coup de s’excuser ! En règle générale, après une telle humiliation, ils préféraient s’éclipser sans faire de bruit, ruminant une possible vengeance qu’ils n’osaient jamais mettre à exécution. Certains la détestaient même encore d’avoir subit une si amère leçon, d’autres n’osaient même plus la regarder que lorsqu’elle leur tournait le dos... Mais s’excuser, ça, non, jamais. Quelques secondes, elle hésita à répondre. Quoi dire ? Rien. La colère de la jeune femme s’était apaisée depuis l’intervention de Krait et elle ne trouva rien d’autre à reprocher à cet homme. Elle aurait tout aussi bien pu lui rire au nez ou lui lancer une dernière réflexion acerbe, mais elle n’en voyait pas l’utilité. Si elle avait pris grand plaisir à remettre à sa place un imbécile au mépris plus que titanesque, elle se refusait en revanche à l’humilier d’avantage. Elle avait obtenu ce qu’elle voulait : du respect, et en manquer à son tour à Krill – aussi bête s’était-il montré – l’aurait desservie. Ophrys avait beau être fière – certains diront trop fière – elle n’en était pas moins juste, honnête et la cruauté gratuite lui déplaisait tout autant que le manque de respect caractérisé dont elle était souvent victime.
Aussi se contenta t-elle d’observer le silence, jugeant que se taire était la meilleure chose à faire. Il y eu un moment de flottement où le soldat hésita à se relever, à moins qu’il ne fut victime d’un vertige ? Puis, comme s’il était satisfait de cette non réponse, il se retira enfin, la main perlée de sang toujours portée à sa gorge. Sa coupure n'avait pas d'autre gravité que d'être humiliante... et se jura de prendre sa revanche.
Les officiers avaient terminé leur repas et Krait n’était plus avec eux.
Ah! J'aimerais assez mettre un lien vers ici sur mon propre blog.